Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 19:38

Il faisait un froid de canard, j’essayais tant bien que mal de réchauffer mon nez dans mon écharpe en alpaga. J’ai vu un monsieur, long et mince, avec des lunettes, tenir un ravissant bouquet de fleurs jaunes. Je l’ai suivi des yeux avec une sorte de gourmandise irrépressible, il m’a souri avec amusement.

 

Je me demande comment est la femme à qui il l’a apporté. Il était 8heures du matin, il a dû faire tourner la clé dans la serrure, préparer rapidement un café et deux tartines, et la réveiller en chantonnant joyeusement. A mon avis, elle est un peu pâlotte, maigrichonne, souriante, terriblement attendrissante. Elle a sûrement étiré ses longs bras au dessus de sa tête en baillant félinement, et dit « ooooh, c’est trop mignon ». Il l’a embrassée, et peut-être même qu’il lui a parlé de moi. Il aurait dit… « J’ai croisé une jeune fille qui avait l’air d’en avoir terriblement envie, de ce bouquet, elle m’a regardé comme si elle espérait de toutes ses forces que c’était à elle que j’allais l’offrir. »

Elle aurait passé ses deux mains tièdes dans sa nuque et murmuré « j’en ai de la chance... » avant de l’embrasser, puis d’allumer une cigarette en buvant son café.

Il lui aurait dit : "J'espère que tu as bien dormi, parce qu'aujourd'hui je nous ai prévu une journée magnifique. Nous irons faire des photos dans le grand atelier que je t'ai montré en face du jardin des Tuileries (parce qu'elle est mannequin, et lui photographe) dès que tu seras habillée. Ensuite, on ira déjeuner dans un restaurant du quartier, avec mes amis norvégiens, tu t'en souviens ? Ils nous ont invités à assister à une conférence sur un machin chiant à mourir dont j'ai oublié le nom, mais on s'éclipsera à un moment propice pour aller se balader sur les quais. Et ce soir, ils passent Madame de..., on ira le voir pour la centième fois depuis que l'on se connait. Tu es d'accord ma petite myrtille ?"

"Avec grand plaisir, mon calisson chéri", aurait-elle répondu.

En réalité, ils seront pris d'un fou rire incontrôlable en descendant les marches du métro après s'être échappés de la conférence, elle aura une crise de cataplexie, parce qu'elle est narcoleptique, elle dégringolera les escaliers, s'ouvrira le crâne, et tombera dans le coma, défigurée pour toujours.

Je le croiserai peut-être encore, un matin, avec un bouquet de fleurs jaunes, pour lui apporter à l'hôpital. Il aura probablement une jeune fille à son bras, sa nouvelle petite amie, qu'il aura emmenée la veille voir Chère Inconnue, et qui se plaindra d'un ton condescendant qu'il continue à aller voir cette vieille bique qui va crever à l'hôpital au lieu de rester bien au chaud au lit avec elle. Il se fâchera, la traitera d'enfant gâtée, capricieuse et sans coeur, puis au moment de se séparer au changement de la station Châtelet, il lui donnera une des fleurs du bouquet et l'embrassera sur le front, avec un fier sentiment d'indulgence envers cette pauvre enfant qui a tout de même de jolis petits seins.

 

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Je vous présente Puccini, la souris qui a fait hurler maman comme jamais jamais elle n'avait hurlé auparavant.

 

:)

Par Lily
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Mercredi 7 avril 2010 3 07 /04 /Avr /2010 17:11

"Ta gueule."

 

Considérations.

 

- Grand-mère va mourir. On l'a retrouvée plusieurs fois par terre au milieu de son salon qui disait qu'il y avait des chats partout et demandais à ma tante d'enlever ses moustaches parce que c'était ridicule. Ma tante n'en avait évidemment pas, et ma grand-mère est aveugle.

- Papa s'en va, encore, pour toujours. Porte de Bagnolet, histoire de faire chic, dans un 2 mètres carré sur le boulevard de la mort, ou un nom aussi glauque.

- Maman sera encore plus "dépressive", comme ils disent.

- J'ai fait une erreur énorme en effaçant I. de ma vie et je n'arrive plus à l'y réinscire.

- J'ai pris près d'une dizaine de kilos depuis la rentrée.

- J'ai recommencé à vomir à longueur de journées, alors que ça faisait quelque chose comme trois mois que j'avais arrêté.

- Je me suis mise à pleurer en cours de français quand madame P. m'a accusée de me moquer de A.

- E. m'a dit que Lucy G., une folle moche mais rigolotte était sans doute amoureuse de moi.

- Je fais des cauchemars toutes les nuits et dors trois à cinq heures maxi, et ça devient insupportable, parce que j'ai besoin de dix heures de sommeil.

 

- J'ai dit non pour la première fois de ma vie à un garçon qui m'a embrassée.

- Je retourne là où j'ai été heureuse pour la première fois depuis si longtemps, pendant les vacances de Pâques. Mais j'ai la trouille que ça ne marche plus.

- Monsieur C. m'a dit bonjour en m'ébourrifant affectueusement les cheveux en me croisant dans le couloir du lycée devant les filles de ma classe, ébahies, et c'était vraiment cool quand elles m'ont demandé comment je le connaissais.

- J., A., T., E., E., V., M., A., B., et M. m'ont promis de m'envoyer une carte de Rome. Et je crois que j'aime bien A., et que je m'en fiche complètement qu'il soit pas très beau.

 

 

Il faut avouer que la balance penche plus d'un côté que de l'autre. Je revis la déchirure de mes quatre ans, sauf que cette fois je suis consciente et désabusée. J'ai mal, parce que je ne peux pas m'empêcher d'en vouloir à mon père. Quand il a épousé maman il s'est quand même engagé à prendre soin d'elle quoiqu'il arrive; et maintenant qu'elle est malade et déprimée, il l'abandonne. J'aimerais trouver quelqu'un qui puisse prendre soin de moi jusqu'à la fin de ma vie.

 

Je penserai à recommencer à écrire "bien", mais j'avoue que ces temps-ci, je préfère me pourrir la vie. Je vais avoir 15 ans. Je suis vraiment rikiki, en fait.

 

 

Par Lily
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 16:28

J'ai envie de tirer un rideau, comme dans les cabines d'essayage, et de m'isoler dans un carré noir et blanc quelques temps. C'est si doux, les caresses d'un homme, au creux de l'amertume salée de mes larmes et de mon innocence. Puisque tout s'évapore, je voudrais bien me décomposer aussi, histoire de dire que j'ai aimé.
J'oublie toujours qu'on ne peut pas trop compter sur les autres. J'en ai tellement marre d'être déçue. Je ne suis pourtant pas si exigeante. On me dit sans cesse que je suis trop gentille, trop naïve. Je dois être ennuyeuse.

Les images dans mes souvenirs qui s'assombrissent, les couloirs, les portes entrouvertes et les escaliers remplis d'adolescents ivre-morts. Comme si c'était un jeu, un accordéon meringué, une fleur en coton, en papier, un papillon.
"Non, même, c'est une profonde déception de ne pas percevoir clairement les contours de ton visage"; mourir.

C'est à cause de ce genre de chose qu'on finit par vomir dans les boîtes à bijoux en plastique rose et blanc où on promettait de faire pousser les fleurs, ou bien dans les aquariums désertés auxquels on refusait le chocolat. Une, deux, ou trois fois par jour. A s'en remplir le visage et les mains de sang, à faire dégouliner les murs de liquides gastriques. 
Je mange du riz, d'une blancheur crue et agressive, du riz et du chocolat, collant et visqueux, comme pour défier le monde et ses absurdités. C'est tellement pathétique.

Je veux que cela CESSE. Et les sourires victorieux, les manipulations vicieuses et perverses. Pas trop fort. Chut. Chut...

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Par Lily
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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /Déc /2009 15:37
Il neige. Il neige et c'est impossible de décrire l'allègement de mon corps, l'apaisement de mon coeur devant cette merveille, cette enveloppe moelleuse de blanc qui a recouvert Paris. Un blanc parfait, lumineux, immaculé, les arbres comme saupoudrés de sucre, les voitures ensevelies, c'est merveilleux, magnifique, magnifique.
C'est tellement banal d'aimer la neige, mais je me sens vraiment comme une gosse devant ce spectacle. Alors franchement, je m'en fous d'avoir l'air conne à sourire toute seule sous mon bonnet rouge.
Ce matin mon réveil a sonné, je l'ai éteinds, j'ai grogné, et par la fenêtre ouverte -ouverte- j'ai entendu quelqu'un qui criait "OH IL NEIGE !".
Alors j'ai sauté hors de mon lit et j'ai ouvert les volets, et puis je me suis mis en maillot de bains, parce que je pouvais pas me permettre une autre absence, & c'était rigolo.

J'ai rien à dire. Seulement que j'ai hâte d'être en vacances parce que je suis énorme et que j'espère qu'un peu de repos, de journées avec un thé, un film, un livre et un oreiller, et d'autres avec des patins à glace pourront me sauver. Seulement que j'ai envie de dormir mais que je dois retourner en cours d'ici un quart d'heure. Seulement que I. ne veut pas me dire où il était et que ça me fait enrager.

Des écorces d'oranges au fond des chaussettes, un sourire timide et du scotch autour de la main. Un peu de sucre-glace dans les cheveux, des alumettes ridicules sous la neige, et un baiser, tendre, langoureux, imaginaire. J'ai tout perdu. Mais je compte bien reconquérir ... la vie ?


J'adore la neige, parce qu'on dirait que le monde entier est une photo, en noir, et en blanc surtout.
Par Lily
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 18:50

J'ai passé une bonne heure à regarder en boucle les quelques photos que j'ai trouvées de A., une fille que je n'ai jamais vue mais qui, aux dires de plusieurs personnes qui ne se sont pas concertées, me ressemble terriblement. Je l'ai regardée de haut en bas, de gauche à droite, de tous les côtés que j'ai pu trouver sur ces photos, et elle est carrément magnifique. Sauf qu'elle, elle n'a pas un double menton horrible, ses bras sont comme des alumettes et elle est beaucoup plus belle que moi. Ca m'a complètement démoralisée. Même coupe, mêmes couleurs, on a le visage rond et les mêmes lèvres incohérentes -sauf qu'elles lui vont bien, à elle. Et tout le monde a l'air de l'adorer. Elle a l'air de déborder de confiance en elle; d'être heureuse, épanouie.
Mais je me dis que... qu'avec quelques kilos en moins (ENCORE), je pourrais lui ressembler plus, et être presqu'aussi jolie.
Photos, encore; j'en ai vue une de moi, quelques secondes, et elle était tellement, tellement, tellement, tellement affreuse que je me demande si je devrais encore sortir de la maison. Je me mets au régime, sérieusement, et cette fois j'en fais part au monde entier, histoire d'être toujours retenue, devant chaque envie de manger, par l'humiliation que ce serait de montrer mon échec, ma faiblesse.

Jeudi: un thé vert le matin, une pomme à midi, une autre à 17h30, et une soupe le soir.  - une heure de marche, et 100 abdos. 
Vendredi, un café, picorage à la cantine, comme je sais si bien le faire, une omelette blanche et un thé noir aux fruits rouges le soir. - 40 minutes de marche.
Samedi, 80g de compote de pommes et un thé, rien à midi, et deux verres maximum le soir (même après avoir fumer, même si j'ai faim, ne pas manger.) - Au moins deux heures de marche, & 1h d'exercices à la maison.
Dimanche, un thé le matin, une pomme le soir, et manger le moins possible au pseudo déjeuner familial ("je suis au régime, pour Noël") - 1h de roller si j'ai le temps.

Lundi: Un café le matin, un yaourt à midi, une assette de haricots verts le soir. - 40 min de marche.
Mardi: Un thé vert, une pom'pote au déjeuner, une clémentine dans l'après-midi, ne pas rentrer à la maison avant 18h, et un peu de riz le soir. - 1 h de marche.
Mercredi: Un thé vert, picorage à la cantine, et une soupe le soir. - 1h30 de marche et 100 abdos.
Jeudi: Un café et une clémentine, rien à midi, un yaourt le soir. - 1 h de marche et 1/2 h de piscine.
Vendredi: Un café, picorage à la cantine, rien le soir ("on a fait un goûter d'au revoir en classe, j'ai plus faim") - 50 abdos & exercices fessiers.
Samedi: Un café délicieusement savouré : c'est les vacances. Un oeuf dur à midi, un autre à 16heures, et puis un samedi soir parfaitement savouré. - au moins deux heures de marche & une heure d'exercices à la maison.
Dimanche: thé vert le matin, pomme le soir, et essayer d'éviter le déjeuner familial. - 1 heure de tennis et 30 min d'exercices à la maison.

Après, c'est les vacances. Ca risque d'être plus délicat, mais si je mange à tous les repas du soir ou presque pendant presque deux semaines, peut-être que je pourrai en sauter quelques uns pendant les vacances.

Le 25, je voudrais être à mon poids P. Le 26, il y a ce putain de déjeuner de Noël, mais peu importe. Le 1 er je serai à P-2. Et le jour de la rentrée, je serai vraiment très jolie. Le lundi d'après, à P-4, je tomberai dans les pommes. J'irai voir C., parce qu'il faut absolument que je prenne des photos d'elle, parce que ça fait un an que je lui promets qu'on va se voir, et parce que... je crois que ça pourrait tout changer; la vie, je veux dire. Ca pourrait changer la vie.

Ensuite, je serai encore plus maigre que jamais, je flotterai dans le jean de ma première "anorexie", et les pincements ravis de mon père sur le tissus baillant de mon pantalon ne seront plus un souvenir lointain mais une réalité retrouvée.

Cette nuit, j'ai rêvé que maman et moi, on avait le même âge. Elle était belle et maigre, avec un jean taille haute un peu trop court et de petites tennis blanches. On était à l'aéroport. Je croisais mon reflet dans une vitre, au guichet, pendant que maman demandait les billets, et mon coeur se serrait devant cette insupportable évidence: maman est beaucoup plus maigre que moi.
Je n'avais jamais fait de rêve aussi direct. Papa est tombé amoureux d'une maman maigre; je l'ai vu sur les photos, elle était merveilleuse. Et je veux être plus maigre que celle qu'elle était. Logiquement, on pense "plaire à Papa".
Pourtant, je m'en fous de Papa, ce que je veux, celle que je veux, celle dont je veux un peu d'attention, c'est maman.

Alors ça n'a plus de sens, et j'ai envie de pouvoir renverser ma vie comme un plateau de petit déjeuner; envie d'entendre exploser les tasses de porcelaine par terre, de voir la confiture étalée sur le carrelage, et le chocolat chaud se répandre sur le sol.



"Je veux disparaître", chuchota-t-elle, doucement, lentement, sensuellement. Et elle disparut.

Par Lily
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Cendrier

Aujourd'hui est un jour à s'étrangler avec des smarties,
et à y succomber. 

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