Depuis quelques jours j'ai cette drôle d'envie qui me prend; prendre le RER, encore et encore, peu importe pour où. Je crois que j'aime bien ça, rester assise au milieu d'un bruit terrible, de gens
bizarres, et bouger sous la terre, ramper, comme un ver de terre, comme Kirikou, et sortir dans un endroit tellement différent de celui duquel je suis partie. Surprise. Essayer toutes les stations,
pour voir, toutes les sorties, pour s'amuser.
Je suis tellement triste, parfois. Tellement ennuyée, par ces habitudes vaines à mourir. J'en ai marre aussi, des crises à répétitions, des vomissements sans fin. J'ai l'impression que ça ne
s'arrêtera jamais. Pourtant, non, je refuse de me résigner à cette horreur. Je me réveille tous les matins avec des douleurs bizarres aux muscles, on dirait des courbatures mais je fous rien, y'a
pas de raisons. Je suis sûre que c'est lié aux vomissements; Et puis quel bordel. Je me dis que je manque de protéïnes, je pense que j'ai mangé un steak haché hier, puis je me souviens que je l'ai
vomi.
Tout ce bonheur qui m'explosait aux oreilles il y a un mois et demi a disparu; il s'est évanouit. C'est effrayant, quand même.
Furieuse envie d'écrire. De noircir des pages et des pages de mots, même s'ils sont vides, puisque de toutes façons tout est vide, maintenant. C'est un joli tourbillon de vanité dans lequel nous
avons été entraînés. Ce n'est pas grave. Je vais continuer à être jolie, à ma façon, continuer à ignorer les mecs qui me tapotent le genou pour me faire remarquer qu'ils sont en train de me parler,
je vais continuer à essayer de maigrir avec mon pathétisme de petite boulimique, continuer à écouter en boucle la BO de Pulp Fiction, et surtout la partie sur le Royal Cheese et LE Big Mac. Et
quand je serai épuisée, quand j'en aurai vraiment marre, j'arrêterai tout, d'une façon où d'une autre. Ou alors je changerai, tout simplement.
Je me ferai un petit trou au dessus du nombril et j'engagerai une armée de petits nains qui y mettront des pailles multicolores pour boire tout ce que j'aurai avalé, que je n'aie plus jamais à
m'enfoncer les doigts dans la gorge pour tout vomir.
Je me ferai implanter des écouteurs dans les oreilles pour faire cesser ce silence infernal qui me perce les tympans jour et nuit; et les liseuses de pensées du RER ne pourront plus rien entendre
de ce qui me triture l'esprit. Malgré leurs talons rouges vernis et leurs sourcils trop épilés.
I love you, honey bunny.
Je crois que je vais arrêter avec L. Ca n'a plus aucun sens. Même si je sais que toute la volonté qui me remplit l'estomac avant de le voir s'évanouit après un baiser; parce qu'il est adorable
quand il sourit. La prochaine fois, je le largue pour de vrai, parce qu'il n'a rien compris, parce que c'est MORT. J'aurais aimé qu'il soit encore fou amoureux de moi pour pouvoir lui faire
regretter infiniment sa connerie, lui faire mal, un peu, comme il le fait. Mais c'est trop tard, petit amour est parti.
Je n'arrive pas à m'accrocher assez fort à ce qui me reste; il ne me reste pas grand chose, à vrai dire. Je suis si laide, et si grosse, et si superficielle. Et eux, c'est pire, dans leur
superficialité étouffante, ils ne voient pas comme ils sont tristes. Je ne veux pas être comme eux. Je voudrais tomber amoureuse d'un très beau garçon aux cheveux longs, et vivre une vraie passion
dévorante, surnaturelle, et mourir d'amour; je vais devenir actrice, alors, ce sera plus simple.
Il faut que je remplisse cette vie si plate. Je devrais devenir muette, ce serait plus excusable, d'être si silencieuse. Je devrais pleurer parfois, en public, pour me faire remarquer, et sortir de
la classe en saignant du nez, de la bouche, des yeux et des oreilles plus souvent. Je veux une vie hardcore, sinon je n'en veux pas. QUEL ENNUI, mon Dieu.
Je voudrais construire des tours interminables d'où jeter des sacs entiers de graines de trèfles à quatre feuilles, pour qu'ils poussent en bas, tout autour de moi. Ils grandiront, et tous mes
hommes arriveront, ridicules et nus, les cueillir pour me les offrir; mais je leur jetterai des flèches du haut de ma tour, avec mon arc, et mes plumes dans les cheveux; j'aurais la peau
caramélisée, les lèvres pulpeuses, les clavicules un peu trop saillantes; je serai magnifique, et ils s'étendront à mes pieds, une flèche au milieu du front.
Il vaudrait peut-être mieux que je mette des jeans trop grand et des pulls noirs ou gris, que je ne me maquille pas, et que je me cache derrière mes livres d'Histoire-Géographie pour manger mes
pommes vertes. Mais franchement, si c'est pour ça que je suis là, je préfère partir.